Contact Crédits Crédits ContactCharlotte Dronier: La septième édition du Reykjavík International Film Festival a ouvert ses portes en Septembre dernier. Comment êtes-vous devenue sa directrice? Pouvez-vous nous dépeindre votre carrière profesionnelle ? Hrönn Marinósdóttir: Ma famille dirigeait un magnifique cinéma au centre Reykjavík qui s'appellait Gamla Bíó et lorsque j'étais adolescente, je travaillais là-bas les week-ends, vendant du pop-corn etc. J'ai ainsi vu autant de classiques que d'autres genres de films. Je pouvais aussi inviter mes amis à regarder les dessins animés de Walt Disney et devenir du coup assez populaire... J'ai vécu à Barcelone et Berlin et fus vraiment attirée par la culture cinématographique de ces villes. J'aimais beaucoup aller dans les cinémas barcelonais anciens et élégants diffusant toutes sortes de fims intéressants. J'adorais également me rendre au Festival International du Film à Berlin. Ce fut une véritable révélation pour moi de voir comment l'atmosphère de la capitale changeait durant la Berlinale, beaucoup de films intéressants et de personnes à rencontrer. J'ai travaillé pendant plusieurs années en tant que journaliste et eu la chance de visiter les festivals afin d'effectuer des interviews etc. Plus tard, j'ai organisé le Festival du Film Espagnol à Reykjavík, très bien reçu et fréquenté par des personnes qui m'encouragèrent à poursuivre cette initiative, en faire davantage. Puis j'ai obtenu un Master dont la thèse finale avait pour thème la gestion, l'organisation d'un Festival International du Film à Reykjavík. C'est ainsi que nous avons mis en place ce dernier en 2004, année de mon diplôme... C.D. De quel genre de film vous sentez-vous la plus proche et pourquoi ? H.M. J'apprécie tous les types de films s'ils sont porteurs d'une bonne histoire et bien réalisés. Les documentaires sont particulièrement intéressants de nos jours car ils permettent de sonder le monde. Ils constituent des miroirs et nous aident à comprendre ce qu'il se passe dans cet univers chaotique au sein duquel nous vivons... C.D. Comment établissez-vous les principaux focus du festival? Quel est votre procédé de selection pour les films ? H.M. Lorsque j'ai débuté, je voulais porter une grande attention aux nouveaux directeurs car ils réalisent le travail le plus progressif, le plus novateur. J'ai également pensé à ce qui conviendrait le mieux à la stratégie culturelle de Reykjavík et donc se focaliser sur les films précurseurs s'harmonise parfaitement avec l'esprit de la ville. J'ai embauché un excellent programmateur, Dimitri Eipides, sans doute l'un des meilleurs au monde... Il est très reconnu pour ses sélections de films progressifs. Je programme également moi-même ainsi que quelques autres personnes. Nous voyageons souvent dans le but d'assister à des festivals de films afin de voir ce qui s'y déroule, les tendances. Chaque année, quelques centaines de films nous parviennent en parallèle. C.D. Vous construisez également un grand travail de médiation à travers des panels de discussions avec des thèmes ambitieux et des questions de société (environnement, pornographie, crise économique, égalité des genres...). Les réalisateurs n'hésitent généralement pas à s'investir. Pensez-vous que de nos jours la majorité des publics considère le cinéma comme une sorte de pouvoir subversif, apportant questionnements et réflexions plutôt qu'un divertissement? H.M. Le divertissement est très important et bien sûr, nous diffusons beaucoup de films distrayants, beaucoup de drames, d'horreurs, de comédies... Mais nous voulons aussi prendre part à la discussion sociale, mettre l'accent sur les problèmes importants comme les droits de l'Homme, l'environnement, les genres féminin et masculin. Les individus recherchent les deux: être à la fois divertis et informés. C.D. Votre festival porte son attention sur la jeunesse par le biais d'activités et d'initiatives. Certains adolescents et enfants ont même composé la musique pour The Crowd sorti en 1928. C'est un moyen pour eux de s'approprier l'héritage culturel. Y a-t-il beaucoup de réflexions autour de la transmission de l'approche artistique du cinéma au sein du système éducatif? H.M. Non, la scolarité a besoin d'être améliorée en ce qui concerne les films mais le RIFF travaille en ce sens... C.D. La notion de conservation et de diffusion du patrimoine cinématographique est-elle probante en Islande? Quels en sont ses piliers? H.M. La réalisation de films en Islande n'a pas de racines aussi profondes qu'en France, reposez-moi cette question dans cent ans... C.D. Quels sont vos réalisateurs, acteurs ou films français favoris? H.M. Le premier film qui me vienne à l'esprit est Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, deux actrices Juliette Binoche et Catherine Deneuve et bien sûr de grands maîtres français tels que Jean-Luc Godard. C.D. De quelle manière la production de films fonctionne-t-elle en Islande? (du point de vue des subventions, intervention du gouvernement, fonds, directives, télévision...) H.M. L'acteur principal est le Fonds filmique islandais, finançant en moyenne un tiers de coûts de production de films. Tous les réalisateurs, qu'ils soient islandais ou étrangers travaillant en Islande perçoivent un remboursement des taxes à hauteur de 20%. Nous entrons ensuite dans les détails techniques... C.D. Avez-vous remarqué des changements considérables après la crise concernant la quantité et les contenus? H.M. Je pense que les films essaient de plus en plus, tout du moins dans la dernière édition du RIFF, de faire face à cette situation actuelle, l'effondrement des sociétés, la vie moderne qui peut s'averer parfois très déroutante. Les films tentent de nous localiser, nous trouver en ces temps de turbulence dans lesquels nous vivons. Le Fonds filmique a un budget plus réduit donc il y aura par là-même probablement moins de films mais là encore, la technologie s'adapte et intervient de sorte à rendre possible la réalisation avec moins d'argent qu'avant. L'organisation va sans doute être modifiée, révélant davantage de films à petit budget pour moins de films à coûts importants. Quant aux contenus, j'ai noté qu'en général, mais aussi en Islande, les films tentent de nous aider à comprendre ce qui se déroule dans le monde. Plus qu'auparavant, ils traitent de bien des problématiques sociales auxquelles nous sommes confrontés comme les relations humaines, la pauvreté... C.D. Quelle est la part des films nationaux au sein du marché du cinéma en Islande? Existe-il des mesures, des solutions adoptées afin de résister aux productions étrangères, comme en France par exemple face aux films américains? H.M. La proportion oscille beaucoup d'une année à l'autre. Nous produisons en moyenne quatre à cinq longs-métrages par an ce qui correspond donc approximativement à 10-20%. Ce chiffre dépend des productions et il y a une grande progression en ce qui concerne les documentaires et les courts-métrages conçus par les jeunes femmes réalisatrices en particuliers. Il n'y a aucune restriction quant à l'influence d'Hollywood donc ces films dominent encore le marché. J'espère que la culture cinématographique changera en Islande les années à venir en devenant plus équilibrée. Il est important pour nous d'être capables de voir et de nous mirer dans les productions européennes. Les films nous aident à comprendre le monde et donc d'y vivre mieux. On assiste également en Islande à la naissance d'une forte génération de jeunes réalisateurs... C.D. Vous avez instauré le Panorama Islandais afin de créer un pont. Comment le cinéma islandais évolue-t-il au regard de la scène internationale? S'oriente-t-il vers une direction qui lui est propre (écologique avec Future of hope, Draumalandið, One of the wonders of the world...) ou bien suit-il une tendance majeure internationale? H.M. Les films islandais sont aussi différents que les habitants de ce pays mais concernant les documentaires en particulier mais aussi quelques longs-métrages, ils tentent de s'adapter à la situation actuelle et les difficultés auxquelles nous faisons face en ce temps de crise nationale...● Interview réalisée par Charlotte Dronier pour Air d'Islande
Interview de Hrönn Marinósdóttir, directrice du Reykjavik International Film Festival
QUAND L'ISLANDE FAIT SON CINÉMA
2011
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