Page 1/2 - Lire la suite Contact Crédits Crédits Contactphoto : Isarr Eiriksson
Charlotte Dronier: Depuis combien de temps êtes-vous Directeur de la Galerie nationale d'Islande? Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ? Halldór Björn Runólfsson: Je suis directeur de la Galerie nationale depuis trois ans et demi. Avant, j'étais professeur en Histoire et théorie de l'art moderne et contemporain à l'Académie nationale des arts et ce dès le début de sa création en 1999. Cette matière correspond à la thématique principale des Licence et Master que j'ai obtenus. J'ai toujours été sensible à la culture latine dès mon enfance et j'ai beaucoup voyagé dans ces pays, c'est pourquoi j'ai réalisé la plupart de mes études en France, dont mon Doctorat sur les limites de l'Art. Cette passion et ces questionnements culturels m'ont amené à plusieurs expériences professionnelles en parallèle. J'ai en effet toujours beaucoup écrit pour les magazines ou journaux artistiques, monté ma propre exposition et fondé en 1987 la galerie Black and White axée sur l'art émergent. J'ai également été à la tête pendant quatre années du Centre artistique nordique à Helsinki où j'ai pu contribuer à des expositions à travers la Scandinavie. C.D. Quels sont les artistes français que vous affectionnez en particuliers ? H. B. R. Je mets Louise Bourgeois au premier rang comme l'artiste française étant de loin la plus importante de ces dernières décennies. Je suis d'ailleurs très heureux de lui consacrer une exposition en 2011 à la Galerie nationale d'Islande. D'autres femmes me sont chères, surtout Annette Messager et Sophie Calle. C.D. Sur quels objectifs et éthiques vous appuyez-vous pour définir votre programmation et quelle est votre catégorie de publics ciblée ? H. B. R. La perspective historique est très importante car sans une telle vision, le théorique se perd et l'art devient un simple sujet de contemplation. Cherchons par exemple à comprendre Duchamp sans prendre en compte l'art avant lui : impossible... Par contre, l'inattendu doit être tout aussi présent car comme disait Clément Greenberg, « si dans une exposition on ne voit pas autre chose que ce à quoi l'on s'attend, à quoi cela sert d'y aller? ». Je cherche donc à capter les âmes en utilisant ces deux paramètres en tant que moyens stratégiques. Un autre enjeu important est celui de l'innovation. De part le statut national de la Galerie, adopter un comportement trop conservateur peut conduire inéluctablement à stagner. C'est pourquoi nous mettons un réel accent sur les projets mixes au sein desquels les artistes islandais se mêlent à des artistes étrangers afin de voyager et de produire des expositions collectives. C'est un moyen de mettre en lumière l'Art islandais dans une perspective plus internationale car si les artistes ont bel et bien un esprit très ouvert sur le reste du monde, ils demeurent parfois un peu trop focalisés sur l'Islande. Quant aux publics ils ont en majorité un attrait basé sur l'Art moderne ce qui donne déjà un certain prérequis pour l'Art contemporain. Toutefois, viser une certaine catégorie de publics m'apparaît secondaire car on ne peut jamais vraiment établir de règle générale pour savoir d'où provient et provoquer l'intérêt pour l'art... C.D. La galerie élabore également une médiation culturelle pour les publics à travers différentes activités afin qu'ils s'approprient l'héritage artistique. Y a-t-il beaucoup de questionnements et de mesures à propos de la transmission de l'approche artistique au sein du système éducatif islandais ? Des actions politiques spécifiques afin de favoriser la fréquentation et la diversité des publics ? H. B. R. Nous cherchons effectivement à maintenir et étendre notre système éducatif et informatique avec des moyens les plus innovants à échelle individuelle et collective. Il existe par exemple des contrats entre le musée et la scolarité en termes d'accueil à tous niveaux. C.D. L'Islande est très connue pour son côté traditionnel mais aussi son ouverture, son appétence pour la modernité. Les publics islandais sont-ils par là même apprivoisés par l'Art contemporain ou le considèrent-ils encore souvent comme étant élitiste voire hermétique ? H. B. R. On remarque des progrès considérables en ce qui concerne l'appréciation de l'art contemporain en Islande, surtout lorsqu'il s'agit d'un art interactif où le public peut participer au processus. Toutefois ce public est jeune la plupart du temps et un grand nombre de visiteurs refuse encore à reconnaître un tel art comme une expression sérieuse. C.D. Les deux mondes du musée et du marché de l'art sont assez distincts en France. Nous retrouvons rarement le même artiste mis en lumière simultanément. Cette situation de décalage se remarque-t-elle aussi en Islande ? H. B. R. Non, chez nous les deux secteurs se mêlent. C'est d'autant plus évident dans la préparation pour la présence nationale à Venise. Dans une société si petite d'environ 320.000 d'habitants, il est difficile de maintenir une stricte séparation entre les domaines privé et public dans l'Art.
2011
Air d'Islande - Tous droits réservés
Interview de Halldór Björn Runólfsson, directeur de la Galerie Nationale d'Islande
L' ART ISLANDAIS EN QUESTION
A P R O P O S D ' A I R D ' I S L A N D E F E S T I V A L R O K M A G A Z I N E H O M E N E W S L E T T E R