Eyjafjallajökull a été au cœur de l'actualité pendant quelques semaines mais un tourment d'une ampleur bien plus importante perdure depuis des années en Islande : la cause écologique et les spéculations qu'elle fait naître.
La figure de proue de sa défense n'est autre que l'artiste militante Björk Guðmundsdóttir qui, avec le groupe Sigur Rós, fut à l'initiative du concert Nattura à Reykjavik en juin 2008 où de nombreux chanteurs internationaux se sont réunis afin de sensibiliser la population islandaise sur les problèmes liés à l'écologie dans leur pays. Il en résultera notamment un single composé avec Thom Yorke (Radio Head) et un site internet.
A cette époque, l'implantation d'usines d'aluminium était leur élément d'opposition. Mais Björk est également allée plus loin en 2009 en s'associant à Auður Capital, une entreprise de service financier mettant en relief les valeurs féminines et la responsabilité sociale, dans le but de créer un fond éthique. Ces investissements visent par là-même à valoriser le développement d'activités durables qui permettent de préserver les ressources tant culturelles que naturelles de l'Islande et de participer au rééquilibre de l'économie en Islande.
Maintenant sans relâche ses engagements effectifs et moraux, Björk se plonge de nouveau cette année dans une vaste polémique à propos de la vente de HS Orka (pouvant être assimilé à notre EDF et qui s'occupe des ressources naturelles en Islande) à l'entreprise Magma Energy. Soutenue par Jón Þórisson (l'assistant Islandais d'Eva Joly) et l'écrivaine Oddný Eir Ævarsdóttir, ils signèrent conjointement une demande formelle le mois dernier qu'ils adressèrent aux députés du Parlement Islandais.
Cette dernière tend à initier une discussion ouverte et encourage à reconsidérer la vente en s'assurant que les intérêts publiques soient protégés. Selon les auteurs, cette clarification et la transparence doivent être établies à tous les paramètres en jeu car cette décision concerne l'avenir de l'Islande. Ils ont également soumis au gouvernement des questions essentielles avant que cet accord commercial ne se poursuive.
Car il y a en effet de quoi s'alarmer dans un tel contexte de banqueroute, de montée du chômage et le rapport de l'investigation réalisée de décembre 2008 à avril 2010 par la Commission Spéciale d'Investigation (SIC) sur les processus qui ont conduit à l'effondrement des trois banques majeures en Islande. Est-il légitime et judicieux de privatiser et de vouer les richesses naturelles à d'obscures négoces, parts de marché et la surexploitation ?
Björk et ses militants anticipent l'augmentation significative de la valeur des ressources naturelles de l'Islande dans les prochaines dizaines années car la géothermie est la forme de production d'électricité ayant l'impact environnemental le plus minime. Cela alimente la volonté d'expansion toujours plus accrue et donc la destruction de sites d'activité géothermique comme Krýsuvík ou Kerlingafjöll, considérés comme les joyaux de l’Île. Ce désastre n'est pas sans rappeler les démons de la colonisation puisque l'Islande a été occupée pendant près de six cent ans. Elle n'est indépendante que depuis 1944. La chanteuse dénonce donc un assujettissement du pays via la vente de son énergie au nom du remboursement de leurs dettes financières.
Un dialogue houleux entre Ross Beaty, président de Magma Energy et Björk se déroule depuis près d'un mois par lettres interposées, publiées dans le Reykjavík Grapevine. Dans l'une de ses dernières, l'artiste explique qu'il ne s'agit pas de xénophobie ni de nationalisme puisque suite à leurs trahisons financières, les Islandais ne font plus confiances en leurs dirigeants, mais bien une question d'éthique.
Ross Beaty est également le président fondateur de Pan American Silver Corporation qui opère dans les mines de Bolivie, du Mexique et du Perou où règnent des désastres environnementaux, les violations des droits de l'homme ou la main d'oeuvre sous-payée.
Naomi Klein et Florian Opitz ont de plus montré dans leurs ouvrages respectifs (« The Shock Doctrine », « The Big Sellout ») comment la privatisation des ressources naturelles creuse davantage et de manière inéluctable la division sociale et l'accès aux indispensables de plus en plus restreint pour les personnes démunies.
Björk Guðmundsdóttir explique également que l'Islande aura besoin de quelques années pour se remettre de l'ébranlement socio-économique qu'elle a subi et que ses ressources naturelles sont les seuls biens qui lui garantissent un futur confiant. Face à ce constat, elle n'hésite pas à préciser que si le pays est prêt à les négocier et les vendre à présent pour une durée d'exploitation de soixante-cinq ans renouvelables soit cent trente ans, l'Islande deviendra une nation du tiers-monde.
Elle fait également part de l'impossibilité de faire confiance à Ross Beaty et Magma Energy. Elle appela ainsi il y a quelques jours à un référendum national organisé par le gouvernement afin que les Islandais décident de la propriété, de l'accès à leurs ressources énergétiques et par là-même de leur propre avenir.
Pour le moment, le gouvernement islandais a mis en place un comité par le biais d'une entreprise suédoise, chargé d'investiguer la légalité de cet achat. En trois jours seulement, 16 761 personnes (soit plus de 5% de la population) ont signé la pétition stipulant que la vente de HS Orka à Magma Energy doit être interrompue.
Face à des événements de telle ampleur aux quatre coins du monde, il ne reste donc plus qu'à espérer qu'il n'y ait pas de trêve estivale pour la conscience collective sous le soleil du mois d'août...
Charlotte Dronier


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